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Saint-Malo Guide

Les malouinières : les maisons des armateurs de Saint-Malo

Mis à jour le 30 juillet 2026

Façade de la malouinière de la Ville-Bague
La Ville-Bague, à Saint-Coulomb : le granit sobre des façades d'armateurs. Photo Philippe Alès (CC BY-SA 4.0), via Wikimedia Commons

La fortune de Saint-Malo ne tenait pas dans ses remparts. Quand la course et le commerce au long cours — Cadix, les Indes, les mers du Sud — eurent gorgé d’or la cité corsaire aux XVIIe et XVIIIe siècles, ses armateurs firent ce que font les fortunes à l’étroit : ils bâtirent au vert. Ainsi naquirent les malouinières, ces maisons de campagne d’un style unique en France, semées dans l’arrière-pays du Clos-Poulet et le long de la Rance — le versant champêtre du patrimoine malouin.

Sobres dehors, fastueuses dedans

Une malouinière se reconnaît au premier regard : un corps de logis de granit nu, symétrique, coiffé d’un toit à forte pente hérissé de hautes cheminées ; des murs de clôture, un jardin à la française, parfois une chapelle. La sévérité de la façade est un choix — celui de négociants huguenots de tempérament, prompts à cacher l’or sous l’ardoise. L’intérieur raconte l’inverse : boiseries peintes, faïences rapportées des escales, cabinets d’acajou et de laque — le monde entier ramené dans un salon du Clos-Poulet. Beaucoup furent dessinées par les ingénieurs militaires de la place, ce qui explique leur cousinage d’allure avec les casernes élégantes de l’époque.

En visiter une : le bon complément d’Intra-Muros

Une centaine de malouinières subsistent, presque toutes privées ; quelques-unes ouvrent leurs portes, surtout l’été. La Chipaudière, la plus célèbre, et le Bos, au bord de la Rance, comptent parmi les visites classiques ; la Ville-Bague à Saint-Coulomb et les jardins du Montmarin, rive gauche de la Rance, complètent le tableau selon les saisons. Horaires et conditions varient d’une demeure et d’une année à l’autre : vérifiez avant de vous déplacer — les fiches de la liste ci-dessous donnent les repères, et la carte les situe toutes.

Le bon programme les combine avec la ville : le matin dans les ruelles d’Intra-Muros parmi les hôtels d’armateurs — la version urbaine et verticale de la même fortune, la demeure de corsaire en tête —, l’après-midi au vert dans une malouinière. Même argent, deux décors : peu de patrimoines racontent une prospérité avec cette netteté.

Sur la route des malouinières

Sans visite guidée, la balade vaut déjà : les routes du Clos-Poulet — ce pays entre Rance et baie du Mont-Saint-Michel — croisent à chaque détour un portail à piliers, une allée cavalière, un pigeonnier dépassant d’un mur de clôture. Le circuit se combine naturellement avec la vallée de la Rance (le Bos et le Montmarin en sont) ou la route de Cancale par Saint-Coulomb (la Ville-Bague). Un patrimoine à savourer en roulant doucement — il a été bâti pour être aperçu de loin, et deviné plus que montré.

Écrit et tenu à jour par un Malouin passionné de sa côte. La petite histoire de ce guide

La malouinière de la Ville-Bague dans son parc
Jardins clos et perspectives : l'art de vivre des armateurs au vert. Photo Philippe Alès (CC BY-SA 4.0), via Wikimedia Commons
Façade en granit de la maison de Robert Surcouf à Saint-Malo
En ville, l'équivalent urbain : les hôtels d'armateurs d'Intra-Muros. Photo Selmoval (CC BY-SA 4.0), via Wikimedia Commons

7 lieux, classés par secteurVoir ces lieux sur la carte interactive

Intra-Muros

Demeure de Corsaire (hôtel Magon)

Intra-Muros

Bâti en 1725 pour Auguste Magon de la Lande — armateur, corsaire et directeur de la Compagnie des Indes —, cet hôtel particulier est l'une des rares grandes demeures d'armateurs de l'Intra-Muros à avoir traversé l'incendie de 1944. La visite guidée mène des salons lambrissés aux caves voûtées où transitaient les cargaisons, puis jusqu'aux toits d'où l'on guettait le retour des navires : toute la mécanique d'une maison de commerce malouine, de la cale au poste de guet. Un condensé de ce que fut la fortune de la ville au temps de la course. Visites guidées ; vérifier jours et horaires.

Saint-Servan

Malouinière du Bos

Saint-Servan

Au-dessus du hameau de Quelmer et de la cale de la Passagère, une malouinière du début du XVIIIe siècle attribuée à Garangeau, résolument tournée vers la Rance : les armateurs rejoignaient leurs demeures en canot, à la marée, plus vite qu'en voiture à cheval — l'estuaire tenait alors lieu de grand-route. Le logis de granit s'ordonne entre cour et jardin, prolongé d'une charmille et d'une vue sur l'estuaire dont on comprend, en la contemplant, qu'elle ait décidé de l'emplacement. Propriété privée ouverte à la visite guidée l'été — vérifier jours et horaires avant de venir.

Parc de la Briantais

Saint-Servan

Au sud de Saint-Servan, un grand parc public en surplomb de la Rance : prairies, cèdres et allées cavalières entourent un château du XIXe siècle, héritier d'une malouinière plus ancienne. C'est la promenade des Malouins le dimanche, et l'une des plus belles vues qui soient sur l'estuaire, le barrage et Dinard. C'est aussi un poste étonnant pour regarder la marée remonter la Rance : au montant, le courant s'inverse sous vos yeux et l'estuaire tout entier se remplit comme un lac. Accès libre au parc ; le château, lui, ne se visite que ponctuellement.

Paramé – Rochebonne

Malouinière de la Chipaudière

Paramé – Rochebonne

La plus célèbre des malouinières — ces maisons des champs que les armateurs se firent bâtir autour de Saint-Malo quand la fortune de la course et du commerce déborda les remparts. Élevée vers 1710 pour François-Auguste Magon de la Lande, sur des plans attribués à Garangeau, l'architecte de Vauban, elle aligne sa façade classique entre cour et jardin à la française, avec cette sobriété de granit qui dit mieux que tout la richesse discrète des armateurs. Trois siècles plus tard, la famille Magon l'habite toujours. Propriété privée : extérieurs visibles, ouvertures ponctuelles — vérifier avant d'y aller.

Rothéneuf

Manoir de Limoëlou — musée Jacques Cartier

Rothéneuf

La seule demeure conservée de Jacques Cartier : le découvreur du Canada acheta cette ferme de Rothéneuf au retour de ses voyages et l'agrandit en manoir, où il vécut jusqu'à sa mort en 1557. Restauré et meublé comme au XVIe siècle, le lieu se découvre en compagnie d'un guide, entre cartes, routes de navigation et vie quotidienne d'un capitaine malouin entre deux traversées de l'Atlantique — une manière très concrète de mesurer ce que partir vers l'inconnu voulait dire. La visite, assez courte, se combine très bien avec les rochers sculptés voisins pour composer une demi-journée à Rothéneuf.

Visites guidées ; jours et horaires selon la saison.

Cancale – pointe du Grouin

Malouinière de la Ville Bague

Cancale – pointe du Grouin

À Saint-Coulomb, au cœur du Clos-Poulet, l'une des malouinières les plus complètes qui soient : logis de 1715, chapelle, colombier et jardins clos de murs composent l'image exacte de ce que fut la campagne des armateurs, à une lieue de leurs comptoirs — assez loin du port pour respirer, assez près pour surveiller les affaires. L'été, la visite guidée raconte guerres et fortunes de mer parmi les meubles et souvenirs des familles qui s'y sont succédé, et l'on en ressort avec une idée précise de la vie de ces dynasties marchandes. Vérifier jours et horaires de visite selon la saison.

Vallée de la Rance

Domaine du Montmarin

Vallée de la Rance

La seule malouinière bâtie sur la rive gauche de la Rance, à Pleurtuit : élevée au XVIIIe siècle pour un armateur qui y adjoignit chantier naval et cale sur l'estuaire — signe que ces maisons des champs restaient tournées vers la mer et les affaires. Ses jardins en terrasses, classés « jardin remarquable », descendent jusqu'à l'eau en mêlant broderies à la française et jardin de senteurs ; on y suit des yeux le va-et-vient de la marée dans l'estuaire. Le lieu résume ce que fut la Rance maritime : la seconde façade de Saint-Malo, bordée de demeures et de cales. Ouvert à la visite en saison ; vérifier les horaires.

Qu'est-ce qu'une malouinière ?

La maison de campagne des armateurs malouins enrichis par la course et le commerce au long cours, bâtie aux XVIIe et XVIIIe siècles dans l'arrière-pays du Clos-Poulet et le long de la Rance. Le style est reconnaissable entre tous : granit sobre, hautes cheminées, toits à forte pente, jardins clos — la discrétion dehors, le raffinement dedans.

Quelles malouinières peut-on visiter ?

Quelques-unes ouvrent leurs portes, surtout l'été et sur certains créneaux : la Chipaudière et le Bos comptent parmi les visites classiques, la Ville-Bague et le Montmarin (côté jardins) complètent le tableau selon les saisons. Les horaires et conditions varient d'une demeure à l'autre et d'une année à l'autre — vérifiez avant de vous déplacer. Les fiches ci-dessous donnent les repères.

Pourquoi les armateurs ont-ils bâti hors des remparts ?

Parce qu'Intra-Muros débordait : la ville close, minuscule, entassait bureaux et entrepôts, et la fortune de la course cherchait l'espace et le prestige. À une heure de cheval des quais — assez près pour surveiller ses navires, assez loin pour recevoir —, le Clos-Poulet s'est couvert d'une centaine de ces demeures en un siècle.