Dinan se tient au bout de la Rance maritime. Une trentaine de kilomètres par la route séparent la cité corsaire de la cité médiévale, mais c’est par l’eau que le lien est le plus lisible : la même marée qui monte contre les remparts de Saint-Malo remonte l’estuaire, franchit le barrage de l’usine marémotrice et s’éteint à l’écluse du Châtelier, quelques kilomètres en aval du port de Dinan. Au-dessus, sur son éperon, la ville close garde ses remparts, ses maisons à pans de bois et la rue du Jerzual. C’est l’étape finale de la vallée de la Rance, et la plus construite.
Là où finit la marée
Pendant des siècles, le port de Dinan a été le point de rupture entre la Rance maritime et la Rance fluviale, et le vieux pont le seul passage terrestre jusqu’à l’estuaire. La Ville de Dinan rappelle que la cité a d’abord prospéré grâce à cette position, commerçant très tôt avec l’Angleterre et les Flandres. Aujourd’hui, la frontière est à l’écluse du Châtelier, au port de Lyvet. En aval, la Rance vit au rythme de la marée ; en amont, le fleuve est canalisé jusqu’au port de Dinan et au-delà.
Entre le barrage et le Châtelier, cette marée n’est pas tout à fait celle de la mer. L’usine marémotrice règle le remplissage et la vidange du bassin, et EDF publie ses prévisions de niveaux au marégraphe de Saint-Suliac. Les horaires du SHOM pour Saint-Malo ne s’appliquent donc pas tels quels en Rance : pour connaître les hauteurs d’eau en amont du barrage, c’est la page des niveaux de la Rance qu’il faut consulter.
Venir en bateau : une croisière calée sur les écluses
La Compagnie Corsaire propose en saison une croisière commentée de Saint-Malo ou de Dinard jusqu’à Dinan. Le trajet dure 2 h 45 par sens. Le bateau passe d’abord l’écluse du barrage, qui fonctionne à chaque heure ronde à condition que le niveau côté mer atteigne au moins 4 mètres au-dessus du zéro des cartes marines. Il remonte ensuite l’estuaire, entre villages de pêcheurs et malouinières, là où le fleuve s’élargit comme un lac avant de se resserrer entre des rives abruptes, puis passe l’écluse du Châtelier, qui ne s’ouvre que lorsque la Rance maritime a assez d’eau.
Ces deux écluses dictent l’horaire. La compagnie prévient que ses départs peuvent être modifiés selon les exigences du barrage et du Châtelier, et l’office de tourisme de Dinan précise que les horaires de croisière dépendent des marées. Les dates de départ n’apparaissent qu’en simulant une réservation sur le site de la compagnie. Pour le retour, la compagnie a affrété cet été un car entre la place Duclos, à Dinan, et la porte de Dinan, à Saint-Malo. Vérifiez ces modalités au moment de réserver : elles changent d’une saison à l’autre.
Les autres façons d’y aller
En car, la ligne 10 du réseau régional BreizhGo relie Dinan et Saint-Malo ; à Saint-Malo, elle dessert l’arrêt « Gares ». En train, il faut changer à Dol-de-Bretagne : le TER Saint-Malo–Dol met un quart d’heure environ, puis une autre ligne rejoint Dinan. En voiture, comptez une trentaine de kilomètres. À vélo, l’ancienne voie ferrée transformée en voie verte relie Dinard au port de Dinan, selon l’office de tourisme : une option pour qui loge sur la rive gauche. Pour toutes ces options, les horaires se vérifient le jour même auprès des transporteurs.
Le port et la rue du Jerzual
Le port de Dinan-Lanvallay s’étire sur les deux rives, au pied du viaduc. Selon la Ville, l’inauguration de cet ouvrage en 1852 a définitivement marginalisé la vieille montée par le Jerzual. Les quais sont aujourd’hui une halte de promeneurs, de cyclistes et de plaisanciers, avec des terrasses le long de l’eau.
Depuis le port, la rue du Petit-Fort monte vers la porte du Jerzual, puis devient la rue du Jerzual jusqu’au centre historique. Au Moyen Âge, c’était le seul accès au port. La pente est forte, les pavés irréguliers, les maisons de pierre et à pans de bois accueillent aujourd’hui des ateliers d’artistes et d’artisans. La montée demande de bonnes chaussures, et la descente autant d’attention.
Remparts, château, tour de l’Horloge et Saint-Sauveur
Les remparts entourent encore le centre historique sur près de 2,7 kilomètres, avec quatre portes. La Ville les décrit, à l’époque des ducs, comme les plus importants de Bretagne après ceux de Nantes et de Rennes. La destruction de la porte de Brest en 1881 a provoqué leur classement au titre des monuments historiques en 1886. L’office de tourisme propose un circuit « Tour des Remparts » d’environ 1 h 30, qui se combine avec celui du « Vieux Dinan ».
Le château, au sud de la vieille ville, est une tour-palais bâtie à partir de 1380 pour le duc Jean IV. Le site du château écarte lui-même l’appellation « donjon de la duchesse Anne », qu’il qualifie de folklorique. Longtemps prison, puis musée, il a vu ses collections transférées en réserve entre 2014 et 2018 ; depuis 2019, le parcours porte sur le monument, la vie de cour et l’art de la guerre au XIVe siècle. Il est ouvert en 2026 du 4 avril au 3 janvier 2027, tous les jours jusqu’à fin septembre, puis du mardi au dimanche d’octobre à décembre.
La tour de l’Horloge, élevée au XVe siècle par la bourgeoisie de la ville, dépasse 45 mètres ; on peut monter au sommet en saison pour la vue sur les toits. La basilique Saint-Sauveur, mentionnée dès 1123, mêle roman et gothique et abrite le tombeau renfermant le cœur de Bertrand Du Guesclin. Juste à côté, le jardin Anglais, ancien cimetière de la paroisse, mène à la tour Sainte-Catherine et à sa vue plongeante sur le port.
Le long de la Rance
Le chemin de halage part du port dans les deux sens. Vers l’amont, il mène à Léhon, son écluse et son abbaye Saint-Magloire, au bord de la Rance canalisée. Vers l’aval, il passe par la plaine de Taden et rejoint le port de Lyvet et l’écluse du Châtelier : c’est là que la Rance redevient un estuaire soumis à la marée, et que les bateaux attendent l’ouverture de l’écluse.
Quand y aller
Dinan est une bonne sortie de jour gris : les rues et monuments se visitent par tous les temps, et la ville figure parmi les refuges de la page Saint-Malo quand il pleut. Le jeudi est jour de grand marché, une tradition que la Ville fait remonter au Moyen Âge. En 2026, l’association de la Fête des Remparts organise Arsonora, un festival de musique médiévale, du 16 au 30 octobre à Dinan et dans ses environs ; la Fête des Remparts elle-même, biennale, est annoncée pour juillet 2027.
La combinaison la plus simple reste la vallée : barrage, Saint-Suliac et la cale de Mordreuc à l’aller, Dinan en fin de journée. Les autres escapades sont sur la page autour de Saint-Malo, et les lieux de la Rance dans la liste ci-dessous et sur la carte interactive.