Les îles Chausey depuis Saint-Malo : traversée, marées et règles de l'archipel
Mis à jour le 28 septembre 2026

Par temps clair, depuis la pointe du Grouin, on devine au nord-est une ligne basse de rochers posée sur l’horizon. Ce sont les îles Chausey, un archipel normand rattaché à la commune de Granville, à 16 ou 17 kilomètres de la côte de la Manche. Il y a peu de monuments à visiter. On y va surtout pour voir la marée transformer un paysage entier en quelques heures.
Un archipel qui change de taille deux fois par jour
Les Malouins le répètent, les vedettes l’affichent : Chausey compterait 365 îlots à marée basse et 52 à marée haute, autant que de jours et de semaines dans l’année. Le Conservatoire du littoral, qui protège le site, présente ces chiffres pour ce qu’ils sont, une légende racontée aux visiteurs. L’office de tourisme de Granville parle plus prudemment d’« une cinquantaine » d’îlots à pleine mer.
Les mesures sont tout aussi parlantes. Le marnage peut y dépasser 14 mètres, parmi les plus forts d’Europe. À basse mer, près de 3 000 hectares d’estran se découvrent : vasières, bancs de sable, chenaux, champs de roches couverts de varech. À pleine mer, il ne reste que 65 hectares de terre ferme, dont 45 pour la seule Grande-Île. En six heures, une poignée d’îles éparses devient une plaine de sable et de granit où l’on passe d’un rocher à l’autre.
La marée est si forte ici pour la même raison qu’à Saint-Malo : le golfe normand-breton concentre et amplifie l’onde de marée. Notre page comprendre les marées détaille le mécanisme.
La Grande-Île, seule île habitée
On débarque sur la Grande-Île, par la cale construite en 1862 en même temps que le fort. L’île se parcourt en moins de deux heures par le sentier du littoral, une boucle de 5,5 km selon l’office de tourisme de Granville. On y croise le phare et le fort de la pointe de la Tour, la plage de Port-Marie (surveillée l’été), la Grande Grève, qui est la plus grande plage de l’archipel et le point de départ des pêcheurs à pied, puis le village des Blainvillais. Ce hameau doit son nom aux habitants de Blainville-sur-Mer qui venaient brûler le varech pour en tirer de la soude, vendue aux savonneries de Rouen.
Il n’y a pas de voiture. On trouve sur place un hôtel, un restaurant, une épicerie et une boutique. La plus grande partie de l’île appartient à la SCI des Îles Chausey, le Conservatoire du littoral en possède 6 hectares et la Ville de Granville la pointe de la Tour. Sur la propriété privée, balisée par une barrière blanche, restez sur le sentier.
Le granit de Chausey, jusque dans les remparts de Saint-Malo
L’archipel est fait d’un granite (les géologues parlent de granodiorite) exploité pendant huit siècles. Lourd, solide, extrait au bord de l’eau, il voyageait facilement par bateau. Il a servi à bâtir l’abbaye du Mont-Saint-Michel dès le XIe siècle, les quais de Granville, de Dieppe et de Londres, les trottoirs du Paris haussmannien. Au XIXe siècle, environ 500 carriers vivaient sur les îles.
Le lien avec Saint-Malo est direct : la pierre de Chausey a servi à reconstruire la ville close après les destructions de 1944, et une partie des ouvrages du port en est faite. En longeant les remparts, vous marchez donc en partie sur ce granit.
Aller à Chausey depuis Saint-Malo
En vedette depuis Saint-Malo ou Dinard. La Compagnie Corsaire, dont le point de vente est à la gare maritime de la Bourse, assure des traversées directes vers la Grande-Île au départ de Saint-Malo et de Dinard. Comptez environ 70 minutes de mer. Selon la compagnie, les départs sont programmés plusieurs fois par semaine d’avril à juin puis en septembre et octobre, et chaque jour de mi-juillet à fin août, avec un aller le matin et un retour en fin d’après-midi. Le calendrier change chaque année et dépend de l’état de la mer : vérifiez les dates et les tarifs sur compagniecorsaire.com. La réservation est fortement recommandée. La compagnie précise qu’elle ne peut pas embarquer de fauteuils roulants pour Chausey, car le débarquement et les chemins ne s’y prêtent pas.
Depuis Granville. Hors des dates malouines, la desserte régulière part de la gare maritime de Granville, avec les vedettes Jolie France : la traversée prend moins d’une heure. On peut aussi y aller à bord de vieux gréements granvillais. Le Conservatoire du littoral prévient que c’est la marée qui décide de l’heure d’arrivée sur la Grande-Île.
Pour d’autres sorties en mer au départ des remparts (baie de Saint-Malo, Cézembre, cap Fréhel), la sélection d’excursions en bateau complète l’offre des compagnies locales.
Oiseaux, phoques et herbiers : les règles de l’archipel
Chausey est inscrit au réseau Natura 2000. Le Conservatoire du littoral y est aussi responsable de 5 000 hectares de domaine maritime, dont la gestion est confiée au SyMEL (Syndicat mixte des espaces littoraux de la Manche). Deux gardes du littoral sont affectés au site.
Plus de 200 espèces d’oiseaux fréquentent l’archipel. Les huîtriers-pies y représentent plus de 15 % de la population française de l’espèce, et c’est le seul site de reproduction du harle huppé en France. Pour ne pas déranger les couvées, l’accès aux îlots n’est autorisé que du 15 juillet au 30 septembre. Le grand dauphin s’observe souvent pendant la traversée, les phoques gris fréquentent les roches, et les fonds abritent des herbiers de zostère, une plante marine protégée qui sert de nurserie aux poissons et coquillages. Évitez de piétiner ces herbiers à marée basse.
Chausey aux grandes marées
Les jours de gros coefficient, l’archipel prend sa plus grande étendue. Les chenaux se vident, les îlots se rejoignent par des bancs de sable, et la Grande Grève devient la porte d’entrée d’un estran immense. C’est aussi là que se concentrent les pêcheurs à pied, venus pour les palourdes, les praires ou le bouquet. Les gardes du littoral contrôlent les paniers à la descente des vedettes : la réglementation de la Manche fixe des tailles minimales, des quantités et des outils autorisés, et certaines espèces ont des périodes de pêche propres à Chausey. Renseignez-vous avant de partir auprès de l’office de tourisme de Granville ou des services de l’État dans la Manche. Nos conseils généraux sont sur la page pêche à pied.
L’estran de Chausey se referme vite, et les chenaux se remplissent avant les bancs qui les bordent. Consultez les horaires officiels du SHOM avant toute sortie (maree.shom.fr), notez l’heure de basse mer et amorcez le retour au plus tard à ce moment-là, sans jamais traverser un chenal en eau montante. Gardez aussi en tête l’heure du bateau du retour. Notre page marée basse rappelle les réflexes à garder sur l’estran.
Organiser sa journée
Une journée à Chausey depuis Saint-Malo occupe tout le temps entre le départ du matin et le retour du soir. Prévoyez de l’eau, un pique-nique ou une réservation au restaurant, des chaussures qui supportent le sable et le rocher, une protection contre le soleil et le vent. Pour voir les deux marées depuis l’île, l’hôtel permet d’y dormir, et la compagnie applique un tarif séjour quand l’aller et le retour ne se font pas le même jour. Emportez un sac pour vos déchets : l’archipel est classé et la compagnie demande de le laisser propre. L’office de tourisme de Granville conseille le printemps et l’automne pour profiter du site dans de bonnes conditions. Pour composer le reste de votre séjour, voyez les escapades autour de Saint-Malo.
Écrit et tenu à jour par un Malouin passionné de sa côte. La petite histoire de ce guide


Consulter les horaires officiels sur maree.shom.fr ↗
Questions fréquentes
Y a-t-il un bateau pour Chausey au départ de Saint-Malo ?
Oui, la Compagnie Corsaire assure des traversées vers la Grande-Île de Chausey au départ de Saint-Malo et de Dinard, en 70 minutes environ. Les départs sont programmés à certaines dates au printemps et en automne, et plus souvent l'été. Le calendrier et les tarifs sont publiés sur compagniecorsaire.com.
Combien d'îles compte l'archipel de Chausey ?
La tradition parle de 365 îlots à marée basse et de 52 à marée haute, autant que de jours et de semaines dans l'année. Le Conservatoire du littoral présente lui-même ces chiffres comme une légende racontée aux visiteurs. Les chiffres mesurés sont d'un autre ordre : la basse mer découvre près de 3 000 hectares d'estran, pour 65 hectares de terres toujours émergées.
Faut-il une pièce d'identité pour aller à Chausey ?
Non. Chausey est un quartier de la commune de Granville, dans la Manche : l'archipel est français et la traversée ne passe par aucune frontière. Il ne faut pas le confondre avec Jersey ou Guernesey, qui demandent un document de voyage.
Peut-on marcher sur les îlots de Chausey ?
Pas toute l'année. Pour protéger les oiseaux qui nichent sur l'archipel, l'accès aux îlots n'est autorisé que du 15 juillet au 30 septembre, selon le Conservatoire du littoral. Sur la Grande-Île, la propriété privée de la SCI des Îles Chausey demande de rester sur le sentier du littoral.
Peut-on pêcher à pied à Chausey ?
Oui, c'est l'un des sites de pêche à pied les plus fréquentés de la Manche, surtout aux grandes marées. La réglementation de la Manche s'applique (tailles minimales, quantités, outils), et les gardes du littoral du SyMEL contrôlent les paniers. Consultez les horaires officiels du SHOM avant toute sortie sur l'estran.